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Le parking fermé à l’épreuve de l’électromobilité

  • Photo du rédacteur: Denis BASTIN
    Denis BASTIN
  • 8 juin
  • 6 min de lecture

Entre montée en puissance du parc, obligations de déploiement des bornes, nouvelles références de sécurité incendie et arbitrages économiques, l’accueil des véhicules électriques en ouvrage devient un enjeu de pilotage à part entière.


Longtemps perçus comme un service différenciant, les emplacements équipés pour la recharge électrique sont devenus, en quelques années, un composant normal de l’offre de stationnement. L’époque des quelques places « vitrines » réservées à une clientèle pionnière est révolue. En Belgique comme ailleurs en Europe, la progression rapide du parc électrifié, le développement des flottes d’entreprise et l’extension du réseau de recharge transforment durablement les attentes des usagers et les obligations des exploitants.

Le marché a changé d’échelle. Les immatriculations de véhicules électriques ont fortement progressé en Belgique en 2024 et 2025, avec une dynamique d’abord portée par les entreprises, puis de plus en plus relayée par les particuliers. Dans le même temps, le nombre de stations de recharge continue d’augmenter rapidement, y compris dans les environnements bâtis. Cette double évolution modifie la fonction même du parking : il ne s’agit plus seulement d’héberger des véhicules, mais de gérer une infrastructure énergétique, des flux d’usagers, une qualité de service et un niveau de risque spécifique.

Le débat s’est lui aussi déplacé. Il n’oppose plus, comme il y a quelques années, partisans et sceptiques de l’électromobilité. Il porte désormais sur les conditions concrètes d’un déploiement sûr, exploitable et économiquement soutenable dans les parkings couverts et souterrains. Les retours d’expérience, les travaux techniques et les recommandations européennes convergent sur un point essentiel : les véhicules électriques ne doivent pas être traités de manière sensationnaliste, mais ils imposent des réponses adaptées en matière de prévention, de détection, d’intervention et d’organisation de l’exploitation.


Le risque principal généralement mis en avant reste celui d’un incendie impliquant une batterie lithium-ion et, plus particulièrement, d’un emballement thermique. Ce phénomène, bien qu’exceptionnel, mobilise fortement les gestionnaires parce qu’il peut compliquer l’intervention, prolonger les opérations post-incendie et générer des impacts élevés en termes d’exploitation, d’image et d’assurance. Les recommandations les plus récentes rappellent toutefois que la bonne approche ne consiste pas à exclure les véhicules électriques des parkings, mais à intégrer leurs spécificités dans une analyse de risques sérieuse et documentée.


Les standards actuels vont dans le sens d’une combinaison de mesures techniques, organisationnelles et d’exploitation : implantation réfléchie des points de charge, dimensionnement électrique correct, maintenance régulière, signalisation claire, ventilation et désenfumage adaptés, détection précoce, plans d’intervention mis à jour, procédures d’alerte, coordination avec les secours et gestion spécifique des véhicules endommagés ou suspects. Selon la configuration de l’ouvrage, des mesures complémentaires peuvent être requises, notamment en matière de compartimentage, de surveillance ou d’extinction automatique.


Le cadre normatif s’est lui aussi consolidé. En Belgique, le Code de bonne pratique publié par Fireforum est devenu la référence opérationnelle pour l’analyse des risques liés aux véhicules électriques dans les parkings. Il est cité comme base de travail par les acteurs techniques du secteur. À l’échelle européenne, les recommandations publiées en 2025 sur la sécurité incendie des véhicules électriques et des infrastructures de recharge dans les parkings couverts confirment la même logique : l’objectif n’est pas de freiner le déploiement, mais de le professionnaliser.


En parallèle, les obligations de déploiement des bornes s’intensifient. Depuis 2025, de nombreux parkings non résidentiels existants sont soumis à de nouvelles exigences d’équipement ou de pré-équipement, avec des modalités variables selon les Régions. À Bruxelles, les quotas progressifs de points de recharge et les consignes de sécurité renforcées traduisent clairement le changement de paradigme : la recharge devient un service attendu, encadré et appelé à monter en puissance jusqu’en 2035.


Concrètement, la gestion d’un parking accueillant des véhicules électriques repose aujourd’hui sur quelques principes directeurs :

• raisonner l’implantation des points de charge en fonction de la configuration réelle du parking et non par simple opportunité commerciale ;

• intégrer la recharge dans une analyse de risques formalisée, tenant compte des accès, du compartimentage, de la ventilation, du désenfumage et des scénarios d’intervention ;

• garantir la conformité et la maintenance des installations électriques et des bornes ;

• prévoir une information claire pour les usagers et une préparation opérationnelle adaptée pour les équipes d’exploitation ;

• organiser la concertation avec l’assureur, le conseiller en prévention, le bureau d’études et les services de secours ;

• anticiper les incidences économiques : investissement, puissance disponible, maintenance, supervision, assurance, indisponibilités temporaires et politique tarifaire.

Cette dernière dimension est souvent sous-estimée. L’électrification du parking n’est pas neutre sur le modèle d’exploitation. Elle suppose non seulement des investissements techniques, mais aussi des arbitrages sur la puissance appelée, le temps de stationnement, la rotation, la réservation éventuelle des places, la supervision des bornes et la refacturation de l’énergie. Dans certains cas, la recharge devient un produit d’appel ; dans d’autres, elle doit être traitée comme un service premium ou un poste de coût à maîtriser étroitement.


La question n’est donc plus de savoir s’il faut accueillir les véhicules électriques dans les parkings fermés, mais comment le faire correctement. Les exploitants qui prendront ce virage avec méthode pourront améliorer leur attractivité, répondre aux obligations réglementaires, sécuriser leur exploitation et préparer l’évolution future des usages. Ceux qui tarderont risquent au contraire de subir des mises en conformité plus coûteuses, des contraintes assurantielles accrues et une perte de compétitivité.

À moyen terme, plusieurs tendances devraient encore renforcer cette mutation : montée du marché de l’occasion électrique, diffusion progressive des véhicules utilitaires électrifiés, sophistication des systèmes de pilotage énergétique, intégration du smart charging et, demain, développement plus large de la recharge pilotée dans les ensembles immobiliers mixtes. Le parking devient ainsi un maillon de l’écosystème énergétique local autant qu’un service de mobilité.


En conclusion, l’accueil des véhicules électriques en parking fermé n’est ni un simple argument marketing, ni un risque à dramatiser, ni un équipement accessoire. C’est désormais un sujet de stratégie d’exploitation, de conformité, de sécurité et de qualité de service. Les normes et recommandations actuelles invitent à sortir des réactions émotionnelles pour entrer dans une logique professionnelle : analyser, concevoir, exploiter, former et adapter.

Perspective belge : entre obligations d’équipement, références techniques consolidées et montée des attentes des usagers

Pour un gestionnaire belge, l’enjeu consiste désormais à articuler quatre dimensions : conformité réglementaire, sécurité incendie, viabilité économique et expérience client. Le sujet dépasse largement la seule installation de bornes. Il touche à la conception des espaces, au dialogue avec l’assureur, à la maintenance, à la signalétique, à la gouvernance des accès et à la capacité du parking à absorber la transition vers une mobilité plus électrifiée.

1. réaliser ou mettre à jour une analyse de risques spécifique aux véhicules électriques et aux points de charge ;

2. vérifier l’adéquation entre les obligations régionales, le permis, l’infrastructure électrique existante et le projet d’exploitation ;

3. définir une stratégie de déploiement progressive, compatible avec les usages réels et l’évolution prévisible de la demande ;

4. formaliser les procédures d’exploitation, d’alerte et de coordination avec les secours ;

5. former les équipes et sensibiliser les usagers sans céder à la dramatisation ;

6. intégrer le coût complet du service de recharge dans la politique tarifaire et le modèle économique du site ;

7. préparer le parking aux prochaines étapes : montée en charge, pilotage intelligent, reporting, et exigences accrues de conformité.


Le vrai changement de perspective est là : le parking du futur proche sera moins jugé sur sa seule capacité d’accueil que sur sa capacité à combiner sécurité, énergie, fluidité d’usage et maîtrise opérationnelle. L’électromobilité ne rend pas le parking impossible ; elle l’oblige à devenir plus intelligent, plus rigoureux et plus professionnel.

Cela aura naturellement un coût. Mais ce coût ne doit pas être lu uniquement comme une charge supplémentaire : il correspond aussi à une mise à niveau indispensable de l’actif, à une meilleure résilience opérationnelle et à un service désormais attendu par le marché. La bonne question n’est plus « combien coûte la présence de véhicules électriques ? », mais « combien coûtera l’absence d’adaptation ? ».


En ce sens, la question n’est plus de savoir si le parking pour véhicules électriques deviendra « impayable », mais à quelles conditions il restera économiquement pertinent, techniquement maîtrisé et socialement acceptable. C’est sur cet équilibre que se jouera la compétitivité des parkings dans les prochaines années.


En pratique : tout parking équipé ou en cours d’équipement devrait disposer d’une signalisation adaptée, de consignes internes connues, d’un plan d’intervention actualisé et d’une procédure claire pour traiter un véhicule accidenté, endommagé ou présentant des signes anormaux. La sécurité ne repose pas uniquement sur la technique ; elle dépend aussi de l’anticipation, de la formation et de la qualité d’exploitation au quotidien.


 
 
 

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